Rencontre avec Josiane Bernier et Jean-François Duke, artistes en danse et codirecteurs du Bloc.Danse, une initiative créée par le duo en 2012. Soutenue à ses débuts par La Rotonde, la plateforme de recherche spontanée en danse contemporaine et autres disciplines reçoit l’appui de la Maison pour la danse depuis sa création en 2017, qui l’accueille dans ses studios.

En ce matin de décembre, dans le studio B, les rayons hivernaux ensoleillent les visages de Josiane et de Jean-François. Juchés sur des tabourets, ils répondent tour à tour à nos questions, sondant l’autre de regards complices. 

Qu’est-ce que le Bloc.Danse?

Jean-François Duke : C’est une plateforme de recherche spontanée qui permet aux artistes d’initier un projet en toute liberté. On leur propose de venir explorer une idée en studio, à la Maison pour la danse, pendant deux jours. C’est l’étape très embryonnaire d’une recherche. Ça vient combler un besoin : celui de se donner la permission d’explorer sans savoir devoir projeter de résultat.

Plusieurs studios sont habités par les artistes et ça transforme l’énergie de la Maison pour la danse. Tout le monde est à la même place et se sent en sécurité pour explorer ces zones de création.

Quelle est l’origine du Bloc.Danse?


Josiane Bernier
: En 2012, Jean-François m’a approchée avec l’idée de bâtir une plateforme de recherche et j’ai dit oui tout de suite, car c’était un besoin criant de notre milieu. Avant la diffusion d’un projet achevé, il y a plein d’étapes de recherche que les artistes veulent vivre, mais qui n’existent pas vraiment. Il y avait un manque. Ça été notre élan de bâtir un terrain de jeu où on peut se planter, essayer, travailler avec des gens qu’on n’aurait pas pensé, mêler des disciplines… tout est possible sans grand impact sur notre carrière. Lydia Wagerer nous a accompagnés au début, elle qui avait déjà de l’expérience avec son initiative CorresponDanse.

J.-F. : On a senti que l’initiative était bien accueillie et encouragée, au début par La Rotonde, puis ensuite par la Maison pour la danse, créée en 2017. Ce sont des appuis essentiels pour la réalisation de la plateforme.

C’est pour qui?

J. : Pour tous les artistes professionnel·le·s. Et pas juste pour la relève. Par exemple, une artiste établie avec plus de dix ans d’expérience peut venir essayer un projet totalement différent de son parcours. Ça s’appelle le Bloc.Danse, mais c’est ouvert aux artistes de toutes disciplines, pas juste les danseurs. L’équipe n’a pas à être entièrement composée de  professionnel·le·s, mais l’initiateur doit être reconnu par ses pairs.

J.-F. : Québec est aussi une ville très théâtrale. Il y a aussi les artistes visuels. On accueille tous ceux qui sont dans une recherche de mouvement, dans le corps.

J. : Parmi les objectifs du Bloc.Danse, il y a de créer des rencontres. Donc pourquoi pas aller du côté du théâtre, de la performance, de la musique? C’est très vaste. On n’avait pas le goût de cloisonner notre milieu; au contraire, on voulait l’ouvrir.

On approche du 10e anniversaire du Bloc.Danse. Combien de personnes ont gravité autour de la plateforme jusqu’ici?

J. : Beaucoup! Mine de rien il y a plus de 200 artistes qui sont passés, et autour de 65 créateurs. Certains projets initiés au Bloc.Danse ont par la suite fait l’objet de diffusions.

J.-F. : Pour bien des projets, on sent que des liens ont été tissés. C’est aussi une porte d’entrée à Québec pour des gens de Montréal.

J. : Beaucoup de gens du milieu nous remercient à chaque édition. Donc je me dis qu’on ne le fait pas pour rien!

C’est comment, diriger le Bloc.Danse à deux?

J.-F. : Josiane et moi on s’est trouvés dans ce projet. On est compatibles et complémentaires. Notre engagement est là pour porter le projet dans sa simplicité, dans le souhait d’encourager les artistes. On le partage réellement entre nous deux.

J. : Ce qui me fait plaisir, c’est de constater à quel point on s’entend bien dans cette codirection. C’est très facile, à toutes les étapes, de la rédaction de l’appel de projets au jury. On est de très bons amis à la base. C’est bien que cette collaboration soit aussi amicale et douce!

J.-F. : Souvent on n’a pas besoin de parler pour se comprendre. Et on est des gens qui aimons rassembler.

J. : Faire des soupers, faire des fêtes! (rires)

J.-F. : Ça se ressent dans notre façon d’accueillir les artistes.

Le déroulement type?

J.-F. : En amont, on discute avec l’équipe de la Maison pour la danse, qui nous offre les studios. Si on ne peut pas avoir l’entièreté des studios, on essaie d’avoir, selon les disponibilités, tous les studios d’un même étage. On crée une sorte de cocon.

J. : Donc c’est sur 2 jours : de 10 h à 17 h la première journée, et la deuxième journée, de 10 h jusqu’à 15h30. Ensuite, c’est la présentation informelle. Elle dure au maximum 15 minutes par groupe, et on fait le tour des studios pour se partager les créations.

Un souhait pour le futur du Bloc.Danse?

J. : J’espère que ça va rester simple, que ça continue d’être vivant et fertile.

J.-F. : Ne pas le dénaturer, garder sa simplicité. Je sais que tous les deux on regarde dans la même direction. On a une place dans cette écologie, comme les labos de la Maison pour la danse par exemple.

J. : C’est bien qu’on n’ait pas besoin de résultat. Même pour des phases de recherche, on doit toujours rendre compte. Dans notre cas, on n’attend pas de résultats, on n’a pas à faire de compte-rendu… Wow! Je pense que je vais m’inscrire au prochain! (rires)
J.-F. : Moi aussi… avoir su! Prochaine édition, Valérie, deux studios! (rires)

La 18e édition du Bloc.Danse se tient les 12 et 13 janvier 2022 à la Maison pour la danse de Québec.